Archives de Catégorie: Johannesburg

Siyobonga, South Africa !

 

Partir…

et ne plus se lever avec la lumière radieuse, se pâmer quotidiennement devant des couchers de soleil hors du commun, pister les animaux dans la brousse, entendre les gazouillis enchanteurs d’oiseaux exotiques devenus familiers, écouter Saba Kufa à la radio, sourire à la vendeuse de balais au feu rouge, suivre les bakkies chargés de travailleurs, entendre parler 13 langues, faire de plan sur la comète pour les prochaines vacances africaines, manger chez Tasha’s, chiner chez Amatuli, sentir l’odeur du feu de bois, s’asseoir autour du boma, fouler la terre rouge. Laisser derrière soi les amis. Et ne plus être ailleurs, tout simplement.

J’ai rêvé longtemps de l’Afrique. Elle a pu quelquefois me désarçonner mais je n’ai jamais sous-estimé sa magie.

#fermerlaparenthèse #findenotrevieinternationale #timetomoveon

 

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À table chez Fong !

 

« My home is your restaurant »

À Cuba, on mange du homard dans des paladares, restaurants limités à douze couverts chez l’habitant. À Johannesburg, on mange de la glace au maïs chez Su Yen, chef d’origine sino-africaine. Loufoque et créative, elle ouvre une fois par semaine les portes de sa maison de famille – sa terrasse plus exactement – qui, perchée sur les hauteurs du quartier résidentiel de Houghton, surplombe Joburg la verte et l’arbre du voyageur en contrebas. Ça grésille, ça frétille, ça flambe dans la poêle à frire. Elle nous prend par surprise avec les dix plats qu’elle mijote et a plaisir à nous faire découvrir tout au long de la soirée. D’une fois à l’autre on ne goûte jamais la même chose (no worries, pour la glace au Géant Vert donc).

Comme elle –  née à Hong Kong d’une mère chinoise et d’un père sud-africain d’origine écossaise, la cuisine de Su Yen est un mix ‘n match d’influences asiatiques et africaines. On trouve dans sa cuisine des baies de Goji, des fruits du dragon mais aussi de l’agneau, du boeuf, du poisson… l’inventivité et la folie culinaire savamment dosée de Su Yen font le reste. Outre le délice pour les papilles, dîner chez Fong est une expérience chaleureuse et originale. Mais patience ! La dame a du succès et la liste d’attente est longue. Tout vient à point à qui sait attendre.

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Bush Break #6

 

À deux heures de Johannesburg, il y a cette étape merveilleuse, paisible et hors du temps : Zebras Crossing Lodge.

Un endroit tout doux, tout joli, entouré d’herbivores cools et de suricates mignons. Le personnel est aux petits oignons, un soin tout particulier est apporté à la décoration, la piscine est au pied des collines verdoyantes, les zèbres traversent effectivement sous nos yeux, les girafes pas farouches nous offrent la photo parfaite tandis que les enfants s’ébrouent dans l’eau au premier plan. Le game drive était extra, au coeur des montagnes et la pause Coca-Cola dominant la vallée et ses dams (pièces d’eau) une image de l’Afrique éternelle !

[ c’était l’instant kawaï ]

Avant d’atteindre ce nirvana, vous traverserez un dorp endormi (« bourgade » en afrikaans), Modimolle (l’ancienne Nylstroom, « Cours du Nil »), fondé par une secte séparatiste de Voortrekkers ayant quitté Le Cap avec la ferme intention d’atteindre la Terre Sainte. Ces illuminés parcourent plus de 1 700 km avec leurs chariots bâchés, quand ils aperçoivent ce qu’ils prennent pour une pyramide (un peu trop de schnaps, et hop ! on se croit à Kheops). Ils en concluent qu’ils sont arrivés en Égypte et que le fleuve qui coule à leurs pieds est le Nil. Ah, la vie sans Google Maps nous réserve décidément bien des tours.

Traverser Modimolle et sa grande rue c’est voir par un petit bout de la lorgnette un monde attaché au folklore et aux figures hautes en couleurs  – hors-la-loi, aventuriers, missionnaires et pionniers – qui ont façonné le pays.

 

 

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Peur sur la ville

 

Le Harlem sud-africain

Visite au cœur d’un quartier malmené par l’histoire. Hillbrow…
Dans les années 1970, un quartier résidentiel où les Blancs de la classe moyenne vivaient dans des demeures cossues alignées le long de rues vallonnées et ombragées, où les meilleures écoles de la ville sont implantées (St John’s College, que l’on croirait tout droit sorti d’Harry Potter avec son terrain de Quidditch), au temps où l’apartheid régnait en maître. Mais où Blancs et Noirs se mêlaient, vivaient côte à côte, ce qui en fit rapidement un coin cosmopolite et politiquement progressiste. Le gouvernement commença à voir cela d’un mauvais œil, et pour disloquer cette communauté multiraciale, en vint à couper l’eau et l’électricité dans le quartier obligeant les habitants à s’exiler ailleurs. Ce fut le début de la déchéance d’Hillbrow. Seuls les plus démunis furent contraints de rester (partir pour aller où ?) et s’installèrent dans des logements laissés vacants et bientôt insalubres par manque d’entretien. Squatteurs de tout bord, émigrants de tous pays en quête d’un eldorado affluèrent, et parmi eux son lot de gangsters et traficants qui firent de Hillbrow la plaque tournante du trafic de drogue dans les années 1990. Sordide vie au cœur d’un quartier autrefois prospère.

C’est à cette époque que la tour Ponte, fleuron architectural du régime apartheid bâtie en 1975 dans le quartier voisin de Berea, conçue pour vivre en vase clos (commerces et piscine complétaient le tableau autour de ces logements utopiques), connut des heures sombres et sordides. Finis les appartements côtés, après les émeutes de Soweto, la tour et le quartier se vident de leurs habitants : haute de ses 173 mètres et 54 étages, Ponte fut le théâtre de la vie des gens miséreux. On venait s’y suicider, dealer, trafiquer des armes, profiter du lucratif commerce sexuel. Le lieu ayant abrité tout cela à la fois. À cette époque la déchéance était à son paroxysme : les ordures s’amoncelèrent jusqu’au 14ème étage de la tour, en son intérieur cylindrique. Lorsqu’elle fut enfin rachetée par les autorités municipales et objet d’une réhabilitation salutaire, il fallut des années pour la nettoyer, la vider des déchets (parfois humains) et des rêves perdus devenus nauséabonds de ses habitants.
Aujourd’hui la tour s’élève à nouveau, ses appartements rénovés sont loués, de nouveau pointés vers où le soleil brille. La vue des étages est à couper le souffle. Et on la voit de loin, emblématique dans la skyline : elle porte haut les couleurs rouge et blanche de Vodacom, l’entreprise de téléphonie mobile.

Pour autant, Berea et Hillbrow continuent chaque jour leur lutte contre la drogue et la violence. Les habitants du quartier, à la densité plus forte que partout ailleurs, n’ont plus foi en la police et font justice eux-mêmes, la vimba (mot zoulou). Quand dans les townships d’Alexandra ou Soweto on continue de brûler vifs les v(i)oleurs dans des tours de pneus desquelles nul ne peut s’échapper. Mais l’espoir est là. Le changement est en marche. L’association Dlala Nje, emmenée par la pétillante Bijou, guide vibrante, passionnée et passionnante, permet de découvrir avec finesse ce pan de la ville, authentique et méconnu. Une autre réalité.

 

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Faudra tif hair !

 

Comment un pays si créatif architecturalement (j’habiterais volontiers dans la moitié des restaurants et boutiques de la ville) peut-il égratigner nos oreilles musicalement et engendrer de tels désastres vestimentaires et capillaires ?

L’Afrique du Sud, c’est une certaine idée de la mode et un pays parfait pour les nostalgiques (je ne fais même pas référence à un régime politique nauséabond). Je parle de celles/ceux – dont j’étais parfois – qui portaient à l’époque de Joe le Taxi et des déodorants Narta des jeans neiges, des bombers Chevignon, des tee-shirts Fruit of the loom, des caleçons-pantacourts, des sweats floqués, des manches chauve-souris. Je parle de celles/ceux qui trouvaient que Buzy (Body body physcial, sex&rock&roll), Joan Jett, Nena (Neunundneunzig Luftballons) et Jeanne Mas réunies avaient un look capillaire génial. Je parle de celles/ceux pour qui le combo khôl bleu-rouge à lèvre fuchsia-ongles carrés d’Abby Ewing étaient le summum de la classe à Dallas. Bienvenue dans une certaine idée de l’Afrique blanche, bienvenue en 1987.

Et quand ces mastodontes ne sont pas mal habillés, ils ne sont pas habillés du tout. Quelle est cette habitude d’être pieds nus au supermarché, dans la rue, dans la cour de l’école ? Johannesburg n’est pas le terrain de jeux des plages de la Wild Coast, mais pleine de goudron recouvert de particules fines de pollution et de papiers gras. Une ville !  On dit que ce serait une façon pour les Blancs de revendiquer leur « africanité ». En tout cas, ils ne montent pas en grade sur l’échelle de l’élégance.

L’avantage est qu’à ce rythme -là, ici la panoplie claquettes-chaussettes ne sera hype qu’en 2040. Enfin,une bonne nouvelle.

 

 

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