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Peur sur la ville

 

Le Harlem sud-africain

Visite au cœur d’un quartier malmené par l’histoire. Hillbrow…
Dans les années 1970, un quartier résidentiel où les Blancs de la classe moyenne vivaient dans des demeures cossues alignées le long de rues vallonnées et ombragées, où les meilleures écoles de la ville sont implantées (St John’s College, que l’on croirait tout droit sorti d’Harry Potter avec son terrain de Quidditch), au temps où l’apartheid régnait en maître. Mais où Blancs et Noirs se mêlaient, vivaient côte à côte, ce qui en fit rapidement un coin cosmopolite et politiquement progressiste. Le gouvernement commença à voir cela d’un mauvais œil, et pour disloquer cette communauté multiraciale, en vint à couper l’eau et l’électricité dans le quartier obligeant les habitants à s’exiler ailleurs. Ce fut le début de la déchéance d’Hillbrow. Seuls les plus démunis furent contraints de rester (partir pour aller où ?) et s’installèrent dans des logements laissés vacants et bientôt insalubres par manque d’entretien. Squatteurs de tout bord, émigrants de tous pays en quête d’un eldorado affluèrent, et parmi eux son lot de gangsters et traficants qui firent de Hillbrow la plaque tournante du trafic de drogue dans les années 1990. Sordide vie au cœur d’un quartier autrefois prospère.

C’est à cette époque que la tour Ponte, fleuron architectural du régime apartheid bâtie en 1975 dans le quartier voisin de Berea, conçue pour vivre en vase clos (commerces et piscine complétaient le tableau autour de ces logements utopiques), connut des heures sombres et sordides. Finis les appartements côtés, après les émeutes de Soweto, la tour et le quartier se vident de leurs habitants : haute de ses 173 mètres et 54 étages, Ponte fut le théâtre de la vie des gens miséreux. On venait s’y suicider, dealer, trafiquer des armes, profiter du lucratif commerce sexuel. Le lieu ayant abrité tout cela à la fois. À cette époque la déchéance était à son paroxysme : les ordures s’amoncelèrent jusqu’au 14ème étage de la tour, en son intérieur cylindrique. Lorsqu’elle fut enfin rachetée par les autorités municipales et objet d’une réhabilitation salutaire, il fallut des années pour la nettoyer, la vider des déchets (parfois humains) et des rêves perdus devenus nauséabonds de ses habitants.
Aujourd’hui la tour s’élève à nouveau, ses appartements rénovés sont loués, de nouveau pointés vers où le soleil brille. La vue des étages est à couper le souffle. Et on la voit de loin, emblématique dans la skyline : elle porte haut les couleurs rouge et blanche de Vodacom, l’entreprise de téléphonie mobile.

Pour autant, Berea et Hillbrow continuent chaque jour leur lutte contre la drogue et la violence. Les habitants du quartier, à la densité plus forte que partout ailleurs, n’ont plus foi en la police et font justice eux-mêmes, la vimba (mot zoulou). Quand dans les townships d’Alexandra ou Soweto on continue de brûler vifs les v(i)oleurs dans des tours de pneus desquelles nul ne peut s’échapper. Mais l’espoir est là. Le changement est en marche. L’association Dlala Nje, emmenée par la pétillante Bijou, guide vibrante, passionnée et passionnante, permet de découvrir avec finesse ce pan de la ville, authentique et méconnu. Une autre réalité.

 

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