Archives de Tag: retour en France

Five years later

Fini le bain de mer à 33 degrés et les rugissements audibles du fond de son lit de camp. Fini les « what can I do for you mam ? », place au « c’est pour quoi ? » avec ton enjoué (sic) de rigueur.

Oui, le retour en France est à bien des égards aussi difficile sur la forme que sur le fond.

All by myself

De retour au bercail vous voilà seule avec vous-même puisque les amis que vous avez gardé de l’époque pré-expatriation triment, eux, les jours de semaine. À 10h15 un mardi, à 11h30 un jeudi vous errez comme une âme en peine dans les rues désertes – ce qui présente quelques avantages pour une épilation sans rendez-vous chez Body Minute.

J’ai rapidement fait une croix sur l’expansion de ma vie sociale grâce à l’école, pourtant haut lieu de nouvelles rencontres en expatriation (la majorité des mères ne travaillant pas devient chauffeur de taxi – j’ai du mal avec l’écriture inclusive, pardon – battant le pavé de l’école 3 heures par jour). Ici la sortie de 16h30 est moins « pump it up » quand tes enfants sont inscrits dans la seule école internationale de la ville dont l’autre caractéristique est d’être adoubée par le pape François. Je n’ai rien contre, si on me fout la paix sur le sujet, autant que je laisse vivre les femmes aux cheveux poivre et sel multi-multipares qui fréquentent les lieux. Il va juste falloir gratter pour trouver des gens avec affinités – mode de vie et mode tout court.

Déjà vu

Tandis qu’à l’étranger tout était nouveau – même la routine qui finissait invariablement par se mettre en place, revenir vivre dans une ville de taille moyenne déjà connue offre quelques moments d’effroi : j’avais beau être partie depuis cinq ans, en deux semaines à peine, j’étais happée dans une faille temporelle comme si j’avais quitté la région l’année dernière. J’ai croisé sans le vouloir toutes les personnes que je connaissais en moins de temps qu’il n’en faut à un Afrikaner pour engloutir un steak de 900 gr ou à Donald Trump pour tweeter un aphorisme. Ce qui n’arrive JAMAIS dans les mégalopoles vous en conviendrez. La vendeuse de Petit Bateau m’a immédiatement reconnue et posé vingt questions sur notre retour quand j’ai franchi le seuil du magasin. On n’était pas copines mais visiblement mon dévouement à faire prospérer l’entreprise de maillots de corps l’a marquée. Outre le compliment qu’elle m’envoyait indirectement (je ressemblais encore à moi-même), elle m’a foutu les jetons. Et quand j’ai reconnu dans la foulée la caissière du Monoprix, j’ai paniqué. Ces cinq ans hors de nos frontières étaient-ils le fruit de mon imagination ?

Une fenêtre sur TV5 Monde

Pendant cinq ans, nous avons échappé à la télévision française. Nous avions TV5 Monde et son exotique météo de tous les pays du globe. Las ! Il aura fallu un été en France pour que mes enfants entonnent à tue-tête les slogans des pubs Carglass et tous les génériques des séries de l’après-midi. Vite ! Reprendre les bonnes habitudes et prétendre qu’avec la box internet on n’a pas les chaînes de télé.

Donc, j’ai beau avoir été connectée aux replays de France Inter, j’ai cumulé quelques lacunes culturelles. Ce n’est ni la musique des radios sud-africaines (voyage immédiat au temps de mes dix ans, à base de Modern Talking et A-ha), ni les programmations ciné de Dubai (X-Men 17) qui auront contribué à une remise à niveau. Je vais me venger, j’irai au cinéma en semaine à la séance de 11h, puisque je n’ai que ça à faire.

Travailler, c’est trop dur

Car oui, c’est là le quatrième point. Selon la légende, la femme d’expat (d’inpat – terme barbare adéquat désignant le retour au pays d’origine) ne fout rien. N’aurait-elle pas passé des années à profiter de son pays d’accueil en se tournant les pouces, entre déjeuners de filles, yoga et shopping dans les malls ?

Et c’est une inadaptée qui fait parler dans les diners en ville : « elle n’arrivera jamais à vivre dans un appartement de 100m2*, qui plus est sans femme de ménage ! », « coté boulot, elle a bien créé deux trois choses mais c’est un hobby, pas un job, hein ! »

* précision : en l’occurrence, oui, c’est vrai, je n’arriverai pas à vivre dans un appartement de 100m2 avant d’avoir liquidé la moitié de ma vie Ikea sur Le Bon Coin

 

RV_Pole-Emploi

 

Et pourtant…

{attention, séquence d’auto-promo}

Sans travailler ou si peu, je me suis enrichie. J’ai développé une capacité d’adaptation unique et insoupçonnée, j’ai réussi à nouer des amitiés solides mais aussi à sociabiliser en deux temps trois mouvements (merci à celles et ceux qui sont venus vers moi en premier !). J’ai fait preuve de souplesse et, évidemment, de curiosité.

Ça, je le jure, restera gravé en moi, et je tâcherai d’y penser quand le blues de hiver qui dure huit mois s’emparera de moi. Je songerai à tous mes souvenirs d’ailleurs scintillants et à tous ceux qui brilleront bientôt.

* Tout comme je me réchaufferai le corps et l’esprit en pensant à tous les plats de fromages qui m’attendront quelque part et en chantant fort Jean-Louis Murat

 

sunset_Sandton

sunrise_cathédrale

Et quand on y réfléchit, cette couleur folle à l’horizon, elle était là-bas et elle est ici.

Tagué , , , , ,
%d blogueurs aiment cette page :